Apprécier le degré de concurrence

Délimiter un marché pertinent, calculer sa concentration et analyser les barrières à l’entrée sans confondre structure et comportement.

Environ 35 minutes

  • Définir un marché pertinent.
  • Calculer des parts et un ratio de concentration.
  • Analyser monopole, oligopole et barrières à l’entrée.
Sommaire
  1. 1. Délimiter le marché avant de compter
  2. 2. Reconnaître les structures de marché
  3. 3. Calculer la concentration avec une unité cohérente
  4. 4. Examiner les barrières et la concurrence potentielle
  5. 5. Relier structure et comportements

Quatre entreprises assurent-elles forcément plus de concurrence que deux ?

Le nombre d’offreurs est un point de départ. Leur poids, les possibilités de remplacement et la facilité d’entrée changent l’analyse. Les marchés et les données utilisés ici sont fictifs.

1. Délimiter le marché avant de compter

La concurrence désigne la rivalité entre offreurs pour attirer les acheteurs. Son intensité ne se mesure pas seulement au nombre d’enseignes visibles. Il faut d’abord identifier les biens ou services réellement substituables du point de vue des clients et la zone dans laquelle ils peuvent se les procurer. Cette délimitation du marché pertinent permet d’éviter de comparer des entreprises qui ne répondent pas au même besoin.

Deux produits ne sont pas nécessairement concurrents parce qu’ils se ressemblent. Un service très spécialisé peut répondre à un besoin qu’un service généraliste ne satisfait pas. Inversement, des produits matériellement différents peuvent se remplacer dans un usage. Le prix, la qualité, la distance, les délais et les habitudes des acheteurs contribuent à définir les solutions de remplacement crédibles.

La dimension géographique dépend aussi de l’activité. Pour un achat courant urgent, des vendeurs très éloignés peuvent exercer peu de pression. Pour un produit facilement livré, la zone de concurrence peut être plus large. Une délimitation sérieuse ne décrète donc pas systématiquement que le marché est local, national ou mondial : elle l’établit à partir des possibilités de substitution.

Exemple résolu

Cas fictif : une commune possède une seule boulangerie. Une enquête indique que les habitants achètent aussi du pain dans deux magasins voisins accessibles rapidement. Peut-on déduire un monopole de la seule présence d’une boulangerie ?

  1. Étape 1 : Le produit étudié est le pain acheté par les habitants, pas seulement le service d’un commerce portant le nom de boulangerie.
  2. Étape 2 : Les deux magasins proposent une possibilité de substitution crédible selon l’enquête. Ils doivent être considérés dans la délimitation du marché.
  3. Étape 3 : Le nombre d’enseignes d’un type donné ne suffit pas pour compter les offreurs pertinents. Il faut examiner les produits, l’accès et les usages.

Résultat : Le monopole n’est pas établi par cette observation. Le marché pertinent peut inclure plusieurs vendeurs de pain même s’il n’existe qu’une boulangerie dans la commune.

Piège à éviter : Confondre catégorie de commerce et marché du produit exclut des concurrents réellement accessibles.

À toi d'essayer

Une application compte des millions d’utilisateurs, mais le dossier ne donne ni le nombre d’utilisateurs des concurrents ni leurs services. Peut-on calculer sa part de marché ?

Voir la réponse

Non. Il manque le total correspondant au marché défini et une unité comparable. Des utilisateurs peuvent utiliser plusieurs applications : leur addition exige une convention. Un grand nombre absolu ne suffit pas à établir une part de marché ou une position dominante.

2. Reconnaître les structures de marché

L’atomicité désigne une situation dans laquelle les offreurs et les demandeurs sont suffisamment nombreux et petits pour qu’aucun ne puisse, à lui seul, influencer sensiblement le prix du marché. Le seul fait d’avoir plusieurs vendeurs ne suffit pas : si quelques entreprises détiennent l’essentiel des ventes, elles ne sont pas des acteurs négligeables. L’atomicité est une hypothèse de certains modèles de concurrence, pas une propriété de tous les marchés.

Un monopole correspond à un seul offreur sur le marché retenu. Un oligopole comprend un petit nombre d’offreurs importants dont les décisions sont interdépendantes. Une baisse de prix de l’un peut modifier la demande adressée aux autres et provoquer une réaction. La concurrence imparfaite recouvre notamment ces situations, ainsi que des marchés où les produits sont différenciés et où les entreprises disposent d’une marge de décision sur leur prix.

Même lorsqu’un producteur est seul, son pouvoir n’est pas sans limite. Les clients peuvent renoncer, réduire leurs achats ou rechercher un substitut ; des règles et l’arrivée possible de nouveaux concurrents peuvent aussi le contraindre. Il ne faut donc pas écrire qu’un monopole vend nécessairement n’importe quelle quantité à n’importe quel prix. La demande reste un élément central du raisonnement.

Les parts sont égales dans ce marché à quatre offreurs. Cela ne suffit pas à établir l’atomicité, qui suppose des acteurs assez petits pour ne pas influencer le prix.

Le graphique représente quatre entreprises de même taille. Leur égalité ne signifie pas qu’elles sont très nombreuses. L’observation permet de décrire une répartition équilibrée entre ces quatre acteurs, mais pas de conclure à toutes les conditions d’une concurrence parfaite. La nature des produits, la possibilité d’entrer et la circulation de l’information doivent encore être étudiées.

3. Calculer la concentration avec une unité cohérente

La part de marché d’une entreprise rapporte ses ventes au total du marché. Elle peut être calculée en volume, par exemple en nombre d’unités vendues, ou en valeur, à partir du chiffre d’affaires. Les deux résultats peuvent différer si les prix moyens diffèrent. Toutes les entreprises doivent être mesurées avec la même unité, le même périmètre et la même période.

Un indicateur simple de concentration additionne les parts des plus grandes entreprises. Le ratio C2 correspond aux deux plus grandes, C3 aux trois plus grandes, et ainsi de suite. Un ratio élevé indique que peu d’entreprises réunissent une part importante des ventes. Il ne prouve pas, à lui seul, une entente, un prix abusif ou l’absence de toute concurrence.

Les deux plus grandes entreprises réunissent 80 pour cent des ventes. Avec le même nombre d’offreurs que le marché A, la répartition est plus concentrée.

Exemple résolu

Un marché fictif représente 1 000 unités vendues par quatre entreprises : A en vend 600, B 200, C 100 et D 100. Calcule les parts et C2. Compare avec quatre entreprises vendant chacune 250 unités.

  1. Étape 1 : Les parts sont 600 ÷ 1 000 = 60 %, puis 20 %, 10 % et 10 %. Le total vaut 100 %.
  2. Étape 2 : C2 additionne les deux plus grandes parts : 60 % + 20 % = 80 %.
  3. Étape 3 : Dans le marché à parts égales, chaque entreprise représente 25 %. C2 vaut 25 % + 25 % = 50 %.

Résultat : Les deux marchés ont quatre entreprises, mais C2 vaut respectivement 80 % et 50 %. Le premier concentre davantage de ventes entre ses deux plus grands acteurs.

Piège à éviter : Additionner deux entreprises choisies au hasard ne calcule pas C2 : il faut retenir les deux plus importantes.

À toi d'essayer

Un producteur vend 40 unités sur un marché de 200 unités. Ses ventes valent 800 € sur un total de 2 000 €. Calcule sa part en volume et en valeur. Pourquoi diffèrent-elles ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Pour suivre une concentration dans le temps, la définition du marché doit rester comparable. Une hausse du ratio peut venir de la croissance d’un acteur, de sorties, d’une fusion ou d’un changement de périmètre statistique. Le chiffre désigne une évolution à expliquer ; il n’en donne pas automatiquement la cause. Il faut aussi considérer les entrées potentielles et les capacités des concurrents plus petits.

4. Examiner les barrières et la concurrence potentielle

Une barrière à l’entrée est un obstacle qui limite l’arrivée de nouveaux concurrents. Elle peut tenir à des investissements initiaux élevés, à l’accès à une ressource rare, à une technologie, à des droits exclusifs ou à des contraintes réglementaires. Toutes les exigences ne poursuivent pas le même but : une règle de sécurité peut protéger les usagers tout en imposant un coût d’entrée.

Les économies d’échelle peuvent rendre difficile l’installation d’un petit concurrent : lorsque le coût moyen diminue avec la quantité produite sur une plage donnée, une entreprise déjà grande peut bénéficier d’un avantage de coût. Les effets de réseau peuvent également renforcer un acteur : l’intérêt du service pour un utilisateur augmente parfois avec le nombre d’autres utilisateurs. Ces mécanismes doivent être établis, pas supposés à partir de la seule notoriété d’une entreprise.

Les coûts de changement limitent aussi la mobilité des clients : temps nécessaire pour apprendre un nouveau service, transfert de données ou compatibilité des équipements. Une entreprise peut conserver des clients même lorsque des concurrents existent. À l’inverse, une entrée crédible peut pousser les entreprises présentes à améliorer leur offre, même avant l’arrivée effective du nouveau vendeur.

Exemple résolu

Dans un cas fictif, ouvrir un réseau de transport exige une infrastructure très coûteuse. Une entreprise déjà installée dessert la zone. Un nouvel entrant pourrait-il simplement fixer un prix un peu plus bas pour réussir ?

  1. Étape 1 : Le dossier révèle un obstacle d’investissement initial. Le nouvel entrant doit financer l’infrastructure avant d’obtenir des recettes suffisantes.
  2. Étape 2 : Un prix plus bas ne supprime ni ce financement ni les coûts de fonctionnement. Il faut connaître la demande accessible et les coûts moyens.
  3. Étape 3 : L’entreprise en place peut bénéficier de son installation et de sa clientèle, mais le dossier ne permet pas de chiffrer son pouvoir ni la rentabilité de l’entrée.

Résultat : La stratégie de prix seule ne garantit pas l’entrée. L’infrastructure constitue une barrière à examiner avec les ressources, la demande et les conditions techniques.

Piège à éviter : Prendre une baisse de prix pour une solution universelle ignore les coûts et les obstacles antérieurs à la vente.

À toi d'essayer

Deux marchés ont chacun deux offreurs importants. Dans le premier, une nouvelle entreprise peut s’installer rapidement ; dans le second, une autorisation exclusive empêche toute entrée pendant plusieurs années. Leur pression concurrentielle est-elle nécessairement identique ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

5. Relier structure et comportements

Un cartel désigne une coordination entre concurrents visant notamment à limiter leur rivalité sur certains paramètres, par exemple les prix ou les quantités. Constater des prix semblables ne suffit pas à prouver cette coordination : les entreprises peuvent faire face aux mêmes coûts ou observer les mêmes conditions de demande. Une analyse doit distinguer les faits constatés d’une hypothèse sur les comportements.

Au bac : apprécier le degré de concurrence

  1. Délimite le marché par le produit, les substituts, la zone et la période.
  2. Calcule les parts avec une unité unique, puis l’indicateur de concentration demandé en retenant les plus grands acteurs.
  3. Complète le nombre d’offreurs par les barrières à l’entrée, les substituts et la mobilité des clients.
  4. Conclus de façon proportionnée : une structure concentrée est établie ; une entente ou une liberté totale de fixer le prix ne l’est pas sans autres éléments.
Attention :

Erreurs fréquentes : marché confondu avec une enseigne ; parts en euros comparées à des parts en unités ; quatre entreprises présentées comme preuve d’atomicité ; concentration confondue avec entente ; concurrence potentielle oubliée.

Vocabulaire

Marché pertinent :
Ensemble des produits et de la zone au sein duquel s’exercent les substitutions examinées.
Atomicité :
Situation où aucun agent, assez petit relativement au marché, ne peut influencer seul le prix.
Oligopole :
Marché dominé par un petit nombre d’offreurs importants.
Concentration :
Répartition des ventes entre un nombre plus ou moins réduit d’acteurs.
Barrière à l’entrée :
Obstacle limitant l’arrivée de nouveaux concurrents.

Bilan

RepèreCe qu’il signifie
DélimitationConditionne le nombre d’acteurs et leurs parts.
StructureDécrit les offreurs présents et leur poids.
EntréeÉclaire la pression concurrentielle future.
ComportementDemande des faits supplémentaires, pas seulement un ratio.

À retenir

  • La définition du marché précède tout calcul de part ou de concentration.
  • L’atomicité ne se réduit pas à la présence de plusieurs vendeurs.
  • Une forte concentration ne prouve pas à elle seule une entente.
  • La concurrence dépend aussi des substituts et de la possibilité d’entrée.

Fiche de révision

Avant de compter, demande quelles offres les clients peuvent réellement remplacer entre elles.

Pour une part de marché, utilise des ventes et un total exprimés dans la même unité.

Pour C2, classe les entreprises puis additionne les deux plus grandes parts.

Complète le constat chiffré par les conditions d’entrée et de changement de fournisseur.

Questions fréquentes

Un monopole peut-il choisir n’importe quel prix ?

Il doit tenir compte de la demande, des possibilités de substitution, de l’entrée potentielle et des contraintes applicables. Être seul offreur ne supprime pas ces limites.

Des prix identiques prouvent-ils une entente ?

Non. Ils peuvent refléter des coûts ou des conditions de demande semblables. Il faut des éléments établissant la coordination pour conclure.

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