Corriger les défaillances du marché

Pourquoi un échange avantageux peut-il nuire à d’autres personnes ?

Environ 35 minutes

  • Identifier les défaillances du marché
  • Expliquer les mécanismes et les conséquences
  • Discuter une correction publique
Sommaire
  1. 1. Pourquoi un marché peut-il être défaillant ?
  2. 2. Prendre en compte les effets sur les tiers
  3. 3. Réduire une information inégalement répartie
  4. 4. Distinguer service collectif et ressource commune
  5. 5. Choisir et évaluer une correction

Pourquoi un échange avantageux peut-il nuire à d’autres personnes ?

Les dossiers et les valeurs de cette leçon sont fictifs. Tu vas partir des décisions des agents pour identifier des défaillances du marché et discuter leurs corrections. Une proposition doit préciser le problème, le mécanisme et les limites de l’intervention.

1. Pourquoi un marché peut-il être défaillant ?

Un marché met en relation une offre et une demande. Les prix transmettent des informations et orientent les décisions. Pourtant, des échanges librement conclus peuvent laisser de côté un coût pour un tiers, empêcher un service utile d’être financé ou reposer sur une information inégale. Une défaillance du marché désigne une situation dans laquelle ces mécanismes ne conduisent pas à une allocation efficace des ressources. Elle ne signifie pas simplement qu’un produit est cher ou qu’un vendeur réalise un bénéfice.

Le diagnostic précise le mécanisme. Qui décide, qui bénéficie du résultat et qui supporte les conséquences ? Le prix reflète-t-il tous les coûts pertinents ? Les acheteurs connaissent-ils la qualité ? Peut-on exclure les usagers qui ne paient pas ? L’utilisation par une personne réduit-elle ce qui reste aux autres ? Ces questions permettent de distinguer externalités, asymétries d’information, biens publics, biens communs et concurrence imparfaite. Plusieurs problèmes peuvent se combiner dans une même activité.

Corriger une défaillance peut justifier une action publique, mais il faut ensuite choisir un instrument adapté. Une obligation d’information ne résout pas nécessairement la pollution. Une subvention peut encourager une activité utile sans garantir qu’elle bénéficie aux personnes visées. L’analyse distingue le problème, l’instrument, l’effet attendu et le résultat observé. Les moyens publics ont également un coût et doivent être évalués.

2. Prendre en compte les effets sur les tiers

Une externalité est un effet de l’activité d’un agent sur le bien-être d’autres agents, sans compensation correspondante par un échange marchand. Elle est négative si elle impose un coût, positive si elle procure un avantage. La fumée d’un atelier peut gêner des riverains qui n’achètent rien à cet atelier. À l’inverse, des connaissances diffusées par une recherche peuvent servir à d’autres organisations sans rémunérer le chercheur pour tous ces bénéfices.

Le coût privé est supporté par le décideur. Le coût externe négatif est supporté par des tiers. Dans un modèle simple, le coût social additionne ces éléments. Si le décideur ignore le coût externe, il peut produire davantage que ce qui serait souhaitable en considérant toutes les conséquences. Une externalité positive peut conduire à une activité insuffisante lorsque le décideur ne reçoit pas tous les bénéfices qu’elle apporte.

Une taxe sur les émissions vise à rendre la pollution coûteuse pour celui qui la provoque et à encourager sa réduction. Une norme impose une limite ou une pratique ; une subvention peut soutenir une activité à externalité positive. Ces moyens ne sont pas interchangeables. La taxe nécessite une mesure des émissions et des contrôles ; la norme doit pouvoir être respectée et surveillée. La recette fiscale n’efface pas matériellement les dommages déjà causés.

La barre sociale ajoute au coût privé le dommage évalué pour les tiers, dans ce modèle fictif.

Exemple résolu

Dans un cas fictif, fabriquer une unité coûte 100 euros à un atelier. Les nuisances imposent aux voisins un dommage évalué à 30 euros par unité. Compare coût privé et coût social, puis explique l’intérêt d’une taxe liée aux émissions.

  1. Étape 1 : Le coût privé supporté par l’atelier vaut 100 euros par unité.
  2. Étape 2 : Dans le modèle, le coût social vaut 100 + 30 = 130 euros par unité.
  3. Étape 3 : Une taxe liée aux émissions introduit un coût de pollution dans le calcul privé et peut rendre une technique moins polluante plus intéressante.

Résultat : L’écart de 30 euros révèle un coût laissé aux tiers. Le montant pertinent d’une taxe et son efficacité exigent des informations sur les émissions, les dommages et les possibilités de réduction.

Piège à éviter : Une taxe de 30 euros ne prouve ni que la pollution disparaît ni que les voisins sont indemnisés.

À toi d'essayer

Une entreprise finance une recherche dont d’autres producteurs utilisent gratuitement les résultats. Pourquoi son seul gain privé peut-il conduire à un effort de recherche insuffisant ?

Voir la réponse

Elle ne reçoit pas tous les avantages procurés aux autres producteurs. Son arbitrage repose sur un bénéfice privé inférieur au bénéfice social ; une aide peut encourager davantage de recherche, sous réserve d’évaluer son coût et son effet supplémentaire.

3. Réduire une information inégalement répartie

Il y a asymétrie d’information lorsqu’un participant dispose d’informations pertinentes que l’autre ne possède pas. Un vendeur de machine d’occasion connaît parfois mieux son état que l’acheteur. Si l’acheteur ne distingue pas les qualités, il propose un prix prudent ; les vendeurs de machines fiables peuvent alors renoncer à vendre. Le problème porte sur la sélection avant l’échange : les produits de bonne qualité risquent d’être évincés.

Après un contrat, l’information peut aussi être inégale sur les comportements. Un assuré peut modifier sa prudence si l’assureur ne peut pas observer tous ses actes : c’est un problème d’aléa moral. Cela n’implique pas que tous les assurés fraudent. Il s’agit d’expliquer comment la protection et la difficulté d’observation peuvent modifier les incitations. Cette situation se distingue d’une incertitude partagée, dans laquelle personne ne connaît l’avenir.

Les garanties, certifications et contrôles peuvent rendre une information crédible. Les pouvoirs publics peuvent imposer une information vérifiable et sanctionner les pratiques trompeuses. La crédibilité dépend du contrôle et de l’indépendance de l’organisme concerné. Une déclaration publicitaire du vendeur ne vaut pas automatiquement preuve. Un dispositif trop coûteux peut aussi décourager certains échanges : on évalue ensemble fiabilité, coût et accès.

Exemple résolu

Sur un marché fictif de machines d’occasion, les acheteurs ne distinguent pas les machines entretenues des machines défectueuses. Ils n’offrent qu’un prix faible. Les propriétaires des meilleures machines se retirent. Explique ce processus et propose une réponse.

  1. Étape 1 : L’information cachée porte sur la qualité avant la vente.
  2. Étape 2 : Le prix prudent des acheteurs décourage les vendeurs qui proposent une qualité élevée.
  3. Étape 3 : Un diagnostic indépendant vérifiable peut aider à distinguer les qualités et permettre certains échanges.

Résultat : Cette sélection défavorable provient de l’asymétrie d’information. Le diagnostic peut améliorer le marché si son coût et sa fiabilité sont maîtrisés.

Piège à éviter : Accuser tous les vendeurs de mentir ne décrit pas le mécanisme : le problème est la difficulté à reconnaître les qualités.

À toi d'essayer

Un assureur ignore à l’avance quels bâtiments subiront une tempête, mais les propriétaires ne le savent pas davantage. Cette seule description prouve-t-elle une asymétrie d’information ? Justifie.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

4. Distinguer service collectif et ressource commune

Un bien public, au sens économique, est non rival et non excluable. La non-rivalité signifie que son utilisation par une personne ne diminue pas la possibilité d’utilisation par les autres. La non-exclusion signifie qu’il est difficile d’empêcher un bénéficiaire d’en profiter même s’il ne paie pas. L’éclairage d’une rue illustre ces propriétés dans les conditions usuelles. Public ne décrit donc pas ici le propriétaire du bien.

Un agent peut attendre que les autres financent le service puis en bénéficier : c’est le comportement de passager clandestin. Si tous raisonnent ainsi, le financement volontaire peut être insuffisant. Les pouvoirs publics peuvent organiser un financement collectif et une production directe ou confiée à un prestataire. Une cantine publique n’est pas pour autant un bien public pur : un repas consommé n’est plus disponible pour un autre et l’accès peut être contrôlé.

Un bien commun est rival mais difficilement excluable. Des poissons dans une zone de pêche ouverte en donnent un exemple : ce qui est prélevé n’est plus disponible pour les autres. Chacun peut être incité à pêcher rapidement, sans intégrer l’effet sur le stock futur. Il existe alors un risque de surexploitation. Quotas, périodes de fermeture, règles collectives et contrôles peuvent contribuer à préserver la ressource ; leur efficacité dépend notamment de leur respect.

Les captures de 60 poissons dépassent le renouvellement de 40 : le stock final est inférieur au stock initial.

Exemple résolu

Dans une réserve fictive, le stock initial est de 200 poissons. Sur la période, le renouvellement ajoute 40 poissons et les captures en retirent 60. Aucun autre mouvement n’intervient. Calcule le stock final et explique l’enjeu collectif.

  1. Étape 1 : On conserve la même période et la même unité : des poissons.
  2. Étape 2 : Le stock final vaut 200 + 40 − 60 = 180 poissons.
  3. Étape 3 : Les captures dépassent le renouvellement de 20 poissons ; elles réduisent la ressource disponible pour la suite.

Résultat : Le stock baisse de 20 poissons sur cette période. Des règles de prélèvement peuvent limiter cette pression ; ce modèle ne prédit pas le renouvellement futur, qui dépend aussi des conditions biologiques.

Piège à éviter : Le renouvellement de 40 poissons n’autorise pas à annoncer que tout niveau de capture est durable.

À toi d'essayer

Une installation éclaire une place sans réduire la lumière reçue par les autres passants. Un bassin voisin fournit une eau prélevée par les utilisateurs sans contrôle d’accès. La municipalité propose une même règle de quota pour les deux usages. Discute cette proposition.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

5. Choisir et évaluer une correction

La concurrence imparfaite peut donner à certaines entreprises un pouvoir de marché. Une entente sur les prix limite la rivalité ; un abus de position dominante peut évincer des concurrents. La politique de la concurrence vise notamment à protéger le fonctionnement concurrentiel des marchés. Être une grande entreprise ne suffit pas à prouver une pratique interdite. Le droit de la concurrence et la régulation sectorielle se distinguent d’une obligation de baisser tout prix jugé élevé.

Au bac : relier une défaillance à sa correction

  1. Identifie les agents, le marché et les informations utiles du dossier.
  2. Nomme le mécanisme précis et explique les conséquences sur les décisions.
  3. Relie l’instrument proposé au comportement qu’il cherche à modifier.
  4. Choisis un indicateur de résultat, distingue effets attendus et observations puis formule une limite.
Attention :

Erreurs fréquentes : confondre bien public et bien appartenant à l’État ; oublier la rivalité d’une ressource commune ; appeler externalité n’importe quelle conséquence payée dans un contrat ; considérer toute incertitude comme une asymétrie ; annoncer qu’un instrument garantit son résultat.

Vocabulaire

Externalité :
Effet sur des tiers non compensé par un échange marchand.
Asymétrie d’information :
Répartition inégale d’une information pertinente entre les parties.
Bien public :
Bien non rival et non excluable au sens économique.
Bien commun :
Ressource rivale dont l’accès est difficile à exclure.

Un mécanisme, une réponse à discuter

DéfaillanceInstrument possible
Coût externe négatifTaxe ou norme adaptée aux émissions.
Qualité cachéeInformation contrôlée et certification.
Financement d’un bien publicOrganisation d’un financement collectif.
Surexploitation d’un bien communRègles de prélèvement et contrôles.
Pratiques anticoncurrentiellesApplication du droit de la concurrence.

À retenir

  • Une externalité concerne un effet sur des tiers non compensé dans l’échange.
  • Une asymétrie d’information est une inégalité d’information pertinente entre les parties.
  • Un bien public est non rival et non excluable ; un bien commun est rival et difficilement excluable.
  • La concurrence imparfaite peut perturber l’allocation des ressources.

Fiche de révision : Corriger les défaillances du marché

Diagnostic

cherche ce que le prix, le contrat ou l’accès au marché ne prend pas en compte.

Coûts

dans le modèle de l’atelier, 100 euros privés et 30 externes donnent 130 euros sociaux.

Ressource

stock final = stock initial + renouvellement − prélèvements.

Correction

explique l’incitation, puis mesure un résultat plutôt que le seul budget engagé.

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