Les défaillances de l’État
Comprendre quand l’État corrige un marché et comment évaluer ses propres limites.
Environ 35 minutes
- Identifier quatre défaillances de marché
- Associer une intervention à un mécanisme précis
- Évaluer une action publique en distinguant résultat et effet propre
Pourquoi une intervention utile peut-elle échouer ?
Une entreprise peut polluer sans payer tous les dommages qu’elle cause : le marché ne règle pas seul ce problème. Une aide publique peut ensuite manquer sa cible. Pour décider, il faut comprendre à la fois la défaillance initiale et les limites de la réponse choisie.
Pourquoi le marché peut-il échouer ?
Un marché coordonne des décisions par les prix. Cette coordination peut produire des biens utiles, mais elle ne garantit pas que tous les coûts et avantages pour la société soient pris en compte. Une défaillance de marché existe lorsque les décisions privées ne conduisent pas à une allocation efficace des ressources. Le programme distingue quatre familles : asymétrie d’information, concurrence imparfaite, externalité, et biens publics ou biens communs. Les reconnaître est le préalable à une intervention adaptée. Une politique ne se justifie pas par la seule existence d’un problème : il faut préciser le mécanisme, les personnes concernées et l’effet que l’on veut obtenir.
Une asymétrie d’information apparaît lorsqu’un acteur dispose d’une information pertinente que l’autre n’a pas. Sur un marché de véhicules d’occasion, le vendeur connaît mieux l’état du véhicule que l’acheteur. Un contrôle indépendant ou une obligation d’information peut réduire ce déséquilibre. La concurrence imparfaite apparaît quand une entreprise possède un pouvoir de marché suffisant pour influencer le prix ou limiter la quantité. Une autorité de concurrence peut enquêter sur une entente, sous réserve de faits établis. Ces deux cas ne sont pas interchangeables : plus d’informations ne dissout pas automatiquement une entente.
Une externalité est un effet d’une activité sur un tiers qui n’est pas entièrement pris en compte dans la décision de celui qui agit. La pollution en est un exemple négatif ; un bénéfice diffus d’une vaccination peut être un exemple positif. Un bien public, au sens économique, est non rival et difficile à exclure : l’éclairage d’une rue en donne une approximation. Un bien commun est rival et difficile à exclure : des poissons dans une zone de pêche ouverte peuvent être prélevés jusqu’à épuisement. Les deux catégories appellent des réponses différentes : financement collectif pour le premier, règles d’usage et surveillance pour le second.
Vocabulaire
- Défaillance de marché :
- Situation où les décisions décentralisées n’allouent pas efficacement les ressources.
- Externalité :
- Effet d’une activité sur un tiers non intégralement intégré au calcul privé.
- Bien public :
- Bien non rival et difficile à exclure de la consommation.
- Bien commun :
- Ressource rivale dont l’accès est difficile à exclure.
Comparer coût privé et coût social
Si une production cause une pollution, l’entreprise supporte ses coûts de travail et de matériel, mais pas nécessairement tous les dommages subis par les riverains. Son coût privé est alors inférieur au coût social. Elle peut produire davantage que ce qui serait souhaitable si ces dommages étaient intégrés. Le graphique suivant est un modèle pédagogique construit, non une mesure d’une entreprise réelle. La courbe de bénéfice marginal décroît avec la quantité ; le coût privé marginal et le coût social marginal augmentent. L’écart vertical entre les deux coûts représente le dommage externe supposé constant dans cet exemple.
La quantité 50 correspond à l’intersection entre bénéfice marginal et coût privé marginal ; la quantité 40 à l’intersection entre bénéfice marginal et coût social marginal. Le graphique n’établit pas qu’une taxe précise est optimale dans la réalité. Pour fixer un instrument, il faudrait estimer les dommages, les comportements et le coût de mise en œuvre. Une norme d’émission, une taxe ou une subvention à une technologie moins polluante peuvent modifier les incitations, chacune avec des effets et des limites. Une taxe bien conçue fait payer une partie du coût externe ; elle ne fait pas disparaître mécaniquement toute pollution.
Exemple résolu
Dans un exemple construit, une activité rapporte 120 euros à son producteur, lui coûte 80 euros et impose 50 euros de dommages à des voisins. La décision privée est-elle identique au bilan collectif ?
- Étape 1 : Calculer le gain privé : 120 − 80 = 40 euros.
- Étape 2 : Intégrer le dommage externe : 120 − 80 − 50 = −10 euros.
- Étape 3 : Comparer les signes : gain privé positif, bilan collectif négatif dans ce modèle.
Résultat : Le producteur a intérêt à réaliser l’activité, alors que son bilan collectif simplifié est négatif de 10 euros. Une intervention pourrait modifier cette incitation, après vérification des données et des autres effets.
Piège à éviter : Ajouter les 50 euros de dommage au gain privé comme s’il s’agissait d’un avantage inverse le sens du bilan.
À toi d'essayer
Une action rapporte 90 euros à un opérateur, coûte 60 euros et crée un dommage externe estimé à 45 euros. Calcule le gain privé puis le bilan collectif simplifié. Que montre l’écart ?
Coup de pouce : Soustrais le dommage externe seulement dans le bilan collectif.
Voir la réponseMasquer la réponse
Gain privé : 90 − 60 = 30 euros. Bilan collectif : 90 − 60 − 45 = −15 euros. L’opérateur peut accepter l’action alors que les dommages rendent son bilan collectif négatif dans cet exemple.
Choisir une réponse et en discuter les limites
L’État peut améliorer l’information, préserver la concurrence, agir sur les externalités, produire ou financer certains biens publics et protéger les biens communs. Un même outil ne répond pas à toutes les défaillances. Une information obligatoire peut aider l’acheteur, mais sa qualité doit être contrôlée. Une règle de concurrence exige de définir le marché concerné et de constater les pratiques. Une taxe environnementale exige de choisir son assiette et d’examiner qui la supporte. Un quota sur une ressource commune doit être suivi sur le terrain. Ces opérations ont un coût administratif et peuvent susciter des adaptations des acteurs.
Les contraintes ne sont pas uniquement financières. L’administration possède une information imparfaite sur les dommages, les coûts des entreprises et les réactions des ménages. Elle doit arbitrer entre objectifs parfois contradictoires : améliorer la qualité de l’air, préserver l’emploi, limiter les dépenses et traiter équitablement les territoires. L’action est également distribuée entre collectivités, État, Union européenne et autorités indépendantes selon les compétences. Il faut identifier le décideur avant d’attribuer un effet à une institution. Une mesure annoncée, votée puis appliquée sont trois étapes distinctes ; aucun résultat ne découle du seul vote.
Exemple résolu
Une commune veut réduire les déchets abandonnés près d’un parc. Elle hésite entre plus de corbeilles, une information ciblée et une sanction. Comment justifier un choix sans prétendre connaître son efficacité à l’avance ?
- Étape 1 : Nommer l’externalité : le coût de nettoyage et la dégradation du lieu touchent d’autres usagers.
- Étape 2 : Relier chaque instrument au mécanisme : corbeilles facilitent le dépôt, information modifie la connaissance, sanction modifie l’incitation.
- Étape 3 : Proposer un suivi : quantité de déchets observée aux mêmes endroits, avant et après, à fréquentation comparable.
Résultat : Une combinaison peut être testée, mais la commune doit comparer les résultats et les coûts. Un changement de fréquentation ou de météo limite l’interprétation d’une simple comparaison avant/après.
Piège à éviter : Affirmer que la sanction est nécessairement supérieure aux autres instruments confond une hypothèse de comportement avec un résultat mesuré.
À toi d'essayer
Dans une zone de pêche ouverte, les prises augmentent alors que la ressource diminue. Propose un instrument public, son mécanisme et une difficulté de mise en œuvre.
Coup de pouce : Commence par préciser si la ressource est rivale et si l’exclusion est difficile.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Quand l’intervention publique déçoit
Une défaillance de l’État désigne ici un dysfonctionnement de l’action publique : une mesure peut manquer sa cible, coûter davantage que prévu, produire des effets non voulus ou être influencée par des intérêts particuliers. Cela ne signifie pas que toute intervention est mauvaise. Le raisonnement utile compare les résultats plausibles de plusieurs options, y compris l’inaction, et tient compte de l’incertitude. Une subvention peut soutenir une activité bénéfique, mais elle peut aussi être versée à des acteurs qui auraient investi sans aide. Dans ce cas, la dépense ne crée pas nécessairement l’investissement additionnel attendu.
Le graphique suivant présente un dossier fictif sur une aide à l’investissement. Les trois barres comptent des entreprises, pas des euros. Il montre des étapes de ciblage et une observation après attribution ; il ne démontre pas la cause des investissements. Parmi 100 entreprises éligibles, 60 reçoivent l’aide et 35 déclarent avoir investi. Pour estimer l’effet propre de l’aide, il faudrait savoir combien auraient investi sans elle, comparer des groupes pertinents et examiner la qualité des déclarations. Même avec une bonne comparaison, le coût administratif et l’équité de l’accès doivent être discutés.
Exemple résolu
Une aide coûte 200 000 euros. Vingt entreprises aidées investissent, mais une enquête crédible estime que douze l’auraient fait sans aide. Quel indicateur faut-il calculer, et quelle prudence garder ?
- Étape 1 : Identifier l’effet additionnel estimé : 20 − 12 = 8 investissements.
- Étape 2 : Calculer le coût public par investissement additionnel estimé : 200 000 ÷ 8 = 25 000 euros.
- Étape 3 : Préciser la limite : le résultat dépend de la qualité de l’estimation des douze investissements spontanés.
Résultat : Dans ce dossier fictif, le coût public est estimé à 25 000 euros par investissement additionnel. Ce ratio sert à discuter l’efficacité de la mesure, pas à fixer un seuil universel ni à prouver sa rentabilité sociale.
Piège à éviter : Diviser 200 000 par vingt compterait comme nouveaux des investissements qui auraient eu lieu sans aide.
À toi d'essayer
Une ville finance une navette gratuite pour accéder à une bibliothèque. Les voyages passent de 800 à 1 000 par mois. Peut-on conclure que la navette a créé exactement 200 voyages ? Propose une donnée supplémentaire.
Coup de pouce : Distingue variation observée et effet propre de la mesure.
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Construire un jugement argumenté
Dans un dossier économique, la question peut demander d’expliquer une défaillance, de justifier une intervention ou d’en discuter les limites. Commence par définir le problème en une phrase précise. Nomme ensuite le mécanisme avec les notions du cours : information, pouvoir de marché, effet externe ou caractéristique du bien. Appuie ton explication sur un document identifié, avec son unité et sa date lorsqu’il contient des données. Présente une réponse publique cohérente, puis une condition de réussite et une limite. Une réponse nuancée ne consiste pas à dire que tout se vaut : elle explique ce qui ferait pencher le jugement.
Au bac : examiner une intervention publique
- Identifier le marché et la défaillance, sans traiter tout problème social comme une défaillance de marché.
- Décrire l’instrument, son décideur et la chaîne causale attendue.
- Lire les données du dossier avec unité, date, population et source ; faire un calcul utile si la question le demande.
- Distinguer objectif, réalisation et résultat ; examiner coût, ciblage, effet non voulu et incertitude.
- Conclure en répondant à la question avec une condition vérifiable ou une limite explicite.
Bilan raisonné
| Question | Repère |
|---|---|
| Pourquoi intervenir ? | Un marché peut mal allouer les ressources en présence de certaines défaillances. |
| Quel outil choisir ? | L’instrument doit agir sur le mécanisme identifié. |
| Comment juger ? | Comparer résultats, coûts, effets indirects et scénario sans mesure. |
Pour t’entraîner, retrouve le hub d’exercices du site à la page /exercices. Vérifie que chaque question mobilise bien la défaillance étudiée avant de l’utiliser pour réviser.
À retenir
- Une défaillance de marché empêche une allocation efficace des ressources.
- Quatre familles du programme sont les asymétries d’information, la concurrence imparfaite, les externalités, les biens publics et biens communs.
- Une défaillance de l’État est un dysfonctionnement possible de l’action publique.
- Une variation observée après une mesure ne prouve pas, à elle seule, son effet causal.
Fiche de révision
Repère d’abord qui ne dispose pas de la bonne information, qui possède un pouvoir de marché, ou qui supporte un coût sans compensation.
Pour un bien public, examine la difficulté d’exclure et l’absence de rivalité ; pour un bien commun, ajoute la rivalité des prélèvements.
Rattache chaque solution au mécanisme qu’elle modifie : information, concurrence, incitation, financement ou règle d’usage.
Pour juger l’État, compare objectif, mise en œuvre, résultat observé et résultat attribuable ; ajoute coûts et effets non voulus.
Questions fréquentes
Une défaillance de marché suffit-elle à prouver qu’une mesure publique fonctionne ?
Non. Il faut identifier une réponse adaptée, puis évaluer son application, ses effets et ses coûts.
Une hausse après une subvention est-elle forcément causée par elle ?
Non. Il faut estimer ce qui se serait produit sans la mesure et vérifier les autres facteurs.
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