Modéliser par une loi binomiale

Comment prévoir le nombre de succès dans une série d’essais indépendants ?

Environ 35 minutes

  • Justifier un modèle binomial
  • Calculer une probabilité et son complément
  • Interpréter une espérance et une simulation
Sommaire
  1. Reconnaître un schéma de Bernoulli
  2. Passer des chemins au nombre de succès
  3. Traduire exactement, au plus et au moins
  4. Interpréter l’espérance et simuler
  5. Au bac : du protocole à l’interprétation

Comment prévoir le nombre de succès dans une série d’essais indépendants ?

La loi binomiale relie un protocole de répétition, des probabilités et un nombre moyen de succès. À partir de situations fictives, tu vas vérifier les hypothèses, calculer des probabilités exactes ou cumulées et interpréter une simulation.

Reconnaître un schéma de Bernoulli

Une épreuve de Bernoulli est une expérience dont on distingue deux résultats : un succès S et son contraire, appelé échec. Le mot succès ne signifie pas forcément un résultat souhaitable. Dans un contrôle de qualité, on peut appeler succès la détection d’une pièce non conforme si c’est ce que l’on compte. Sa probabilité est notée p ; la probabilité de l’échec vaut 1 − p.

On répète cette épreuve un nombre fixé n de fois, avec la même probabilité p et de façon indépendante. La variable aléatoire X compte le nombre de succès obtenus. Elle prend les valeurs entières 0, 1, …, n et suit la loi binomiale de paramètres n et p, notée B(n ; p). Les paramètres n et p caractérisent le modèle ; X désigne le nombre aléatoire de succès, pas la probabilité d’un succès.

Les conditions doivent être justifiées dans le contexte. Quatre clients interrogés ne fournissent pas automatiquement quatre réponses indépendantes : ils pourraient s’influencer. Une probabilité peut aussi varier selon les profils. Dans cette leçon, les situations sont fictives et les hypothèses sont données explicitement. Pour un tirage avec remise et mélange, la constance de la composition aide à justifier le modèle. Un prélèvement sans remise dans un petit stock exige généralement un autre raisonnement.

Vocabulaire

Paramètre n :
Nombre fixé de répétitions de l’épreuve.
Paramètre p :
Probabilité du succès à chaque répétition.
Variable aléatoire X :
Nombre de succès obtenu, dont la valeur dépend de l’expérience.
Coefficient binomial :
Nombre de choix des positions de k succès parmi n répétitions.
Attention :

La loi B(1 ; p) existe : elle correspond à une seule épreuve de Bernoulli. Le nombre de répétitions n’a pas besoin d’être au moins deux. Pour p = 0 ou p = 1, le résultat est certain ; les exemples ci-dessous utilisent 0 < p < 1.

Passer des chemins au nombre de succès

On modélise quatre propositions commerciales fictives par quatre épreuves indépendantes. Pour chacune, la probabilité d’obtenir un accord est p = 0,25. Un accord est le succès. Avant de traiter les quatre propositions, l’arbre suivant montre les deux premières répétitions : chaque deuxième niveau conserve la même probabilité de succès, quel que soit le résultat précédent.

Les probabilités restent les mêmes après un succès ou un échec : c’est l’hypothèse d’indépendance du modèle.

Un ordre précis comprenant un succès et trois échecs, par exemple S puis E puis E puis E, a pour probabilité 0,25 × 0,75³. Mais « exactement un succès » peut se produire à quatre positions différentes. Ces chemins sont incompatibles : on additionne leurs probabilités identiques. Le coefficient binomial compte ce nombre de chemins. Pour deux succès parmi quatre répétitions, les positions possibles sont 12, 13, 14, 23, 24 et 34, soit six choix.

Pour un entier k entre 0 et n, la formule générale est P(X = k) = C(n,k) × pᵏ × (1 − p)ⁿ⁻ᵏ. La notation C(n,k) désigne le coefficient binomial, également écrit avec n au-dessus de k entre parenthèses. Le facteur pᵏ concerne les succès ; l’autre puissance concerne les n − k échecs. Le coefficient compte les positions, pas des probabilités supplémentaires.

Exemple résolu

Pour quatre propositions indépendantes de probabilité d’accord 0,25, calculer la probabilité d’obtenir exactement deux accords.

  1. Étape 1 : On compte les accords : X suit B(4 ; 0,25), et on cherche P(X = 2).
  2. Étape 2 : Il existe C(4,2) = 6 placements de deux accords parmi quatre propositions.
  3. Étape 3 : Chaque placement a pour probabilité 0,25² × 0,75² = 0,03515625.
  4. Étape 4 : Multiplie par les six placements : P(X = 2) = 0,2109375.

Résultat : La probabilité d’obtenir exactement deux accords est environ 0,211, soit 21,1 %.

Piège à éviter : Oublier le coefficient 6 reviendrait à ne compter qu’un ordre précis des deux accords.

À toi d'essayer

Dans le même modèle, calcule la probabilité d’obtenir quatre accords, puis aucun accord.

Voir la réponse

P(X = 4) = 0,25⁴ = 0,00390625. P(X = 0) = 0,75⁴ = 0,31640625. Il n’y a qu’un ordre possible dans chacun de ces cas, donc le coefficient binomial vaut 1.

Traduire exactement, au plus et au moins

Pour B(4 ; 0,25), les hauteurs représentent les probabilités de chaque nombre de succès. Leur somme vaut 1.

« Exactement k » correspond à X = k. « Au plus k » correspond à X ≤ k et additionne les valeurs de 0 à k. « Au moins k » correspond à X ≥ k et additionne les valeurs de k à n. Le contraire de X ≥ k est X ≤ k − 1, car X est entier. Ce décalage d’une unité est essentiel : remplacer k − 1 par k enlèverait aussi le cas de k succès, pourtant autorisé.

Exemple résolu

Toujours pour X suivant B(4 ; 0,25), calculer la probabilité d’au moins un accord et celle d’au plus un accord.

  1. Étape 1 : Le contraire d’au moins un accord est aucun accord. Donc P(X ≥ 1) = 1 − P(X = 0) = 1 − 0,75⁴.
  2. Étape 2 : On obtient P(X ≥ 1) = 0,68359375.
  3. Étape 3 : Pour au plus un accord, additionne les cas 0 et 1. P(X = 1) = 4 × 0,25 × 0,75³ = 0,421875.
  4. Étape 4 : P(X ≤ 1) = 0,31640625 + 0,421875 = 0,73828125.

Résultat : La probabilité d’au moins un accord vaut environ 68,4 % ; celle d’au plus un accord vaut environ 73,8 %.

Piège à éviter : Ces événements ne sont pas contraires : ils partagent le cas d’un seul accord. Leurs probabilités n’ont donc pas à totaliser 1.

Sur une calculatrice, distingue la fonction de probabilité exacte de la fonction cumulée jusqu’à une borne. Les noms et l’ordre des paramètres varient selon le modèle : vérifie la notice et le sens de chaque champ. Un résultat cumulant de 0 à k se traduit par P(X ≤ k). Pour une borne inférieure, utilise le complément en conservant le décalage entier. Un résultat compris entre 0 et 1 est nécessaire, mais ne suffit pas à prouver que la bonne commande a été choisie.

À toi d'essayer

Pour une variable Y suivant une loi binomiale de paramètre n = 10, exprime P(Y ≥ 4) et P(3 ≤ Y ≤ 7) à l’aide de probabilités cumulées de la forme P(Y ≤ a).

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Interpréter l’espérance et simuler

Pour X suivant B(n ; p), l’espérance vaut E(X) = np. Elle représente le nombre moyen de succès lorsque l’on répète un grand nombre de fois l’ensemble des n épreuves dans les mêmes conditions. Dans le modèle B(4 ; 0,25), l’espérance vaut 1 accord par série de quatre propositions. Cela ne veut pas dire que chaque série produit exactement un accord : on vient de calculer que zéro accord reste possible avec une probabilité supérieure à 0,3.

Exemple résolu

Un service fictif adresse 20 demandes indépendantes, chacune ayant une probabilité de réponse 0,3. Déterminer le nombre moyen de réponses et discuter la conclusion « nous recevrons six réponses ».

  1. Étape 1 : Définis Z comme le nombre de réponses. Sous les hypothèses données, Z suit B(20 ; 0,3).
  2. Étape 2 : Calcule E(Z) = 20 × 0,3 = 6.
  3. Étape 3 : L’espérance porte sur la moyenne de séries répétées. Une série particulière peut donner moins ou plus de six réponses.

Résultat : Le modèle prévoit six réponses en moyenne par série de vingt demandes, sans garantir six réponses dans une série particulière.

Piège à éviter : Une espérance n’est ni une certitude ni forcément un seuil de sécurité pour dimensionner un service.

Une simulation permet d’observer cette variabilité. Pour simuler une proposition de probabilité d’accord 0,25, tire un nombre aléatoire uniforme entre 0 inclus et 1 exclu : compte un succès s’il est inférieur à 0,25. Répète quatre fois et additionne les succès pour obtenir une valeur simulée de X. Recommence ensuite 10 000 séries, en remettant le compteur de succès à zéro au début de chaque série.

On peut alors calculer la fréquence des séries ayant exactement deux accords et la moyenne des nombres d’accords. Ces résultats devraient fluctuer autour des valeurs théoriques 0,2109375 et 1 lorsque le modèle est bien simulé et le nombre de séries grand. Ils ne leur sont pas forcément égaux. Augmenter le nombre de séries réduit généralement les fluctuations, sans transformer une observation numérique en démonstration.

À toi d'essayer

Une entreprise réalise cinq essais indépendants avec une probabilité de succès 0,2. Elle souhaite avoir au moins 70 % de chances d’obtenir un succès. Cinq essais suffisent-ils ? Sinon, trouve le plus petit nombre d’essais qui suffit en comparant des puissances de 0,8.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Au bac : du protocole à l’interprétation

Au bac : traiter une loi binomiale

  1. Nomme le succès, la variable qui le compte et les paramètres n et p. Justifie le nombre fixé d’épreuves, leur indépendance et la constance de p.
  2. Traduis la phrase en événement : égalité, borne supérieure, borne inférieure ou intervalle.
  3. Présente une formule ou une somme ; pour un complément, vérifie les bornes entières avant d’utiliser la calculatrice.
  4. Arrondis seulement à la fin. Exprime le résultat dans le contexte et distingue probabilité, fréquence observée et espérance.

Faire le point

SituationConclusion
P(X = k)Une seule valeur du nombre de succès.
P(X ≥ k)1 − P(X ≤ k − 1).
E(X) = npMoyenne théorique, non résultat obligatoire.

Erreurs fréquentes : compter les échecs avec la probabilité des succès ; oublier un coefficient ; confondre cumul et probabilité exacte ; utiliser une binomiale sans indépendance. S’entraîner : poursuis dans le hub /exercices.

À retenir

  • La loi B(n ; p) compte les succès de n épreuves de Bernoulli indépendantes de même paramètre p.
  • P(X = k) = C(n,k)pᵏ(1 − p)ⁿ⁻ᵏ pour 0 ≤ k ≤ n.
  • L’espérance de X vaut np.
  • La probabilité d’au moins k succès vaut 1 − P(X ≤ k − 1).

Fiche de révision

Modèle

deux issues, répétitions fixées, même probabilité, indépendance.

Un ordre de k succès a une probabilité pᵏ(1 − p)ⁿ⁻ᵏ ; le coefficient compte tous les ordres.

Zéro succès a une probabilité (1 − p)ⁿ ; son complément donne au moins un succès.

Une fréquence simulée approche une probabilité avec des fluctuations.

Un nombre moyen de succès peut être non entier ; la variable observée reste entière.

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