Comprendre le choix économique
Comprendre la rationalité, l’utilité marginale et la comparaison des coûts et recettes supplémentaires dans des situations de choix.
Environ 35 minutes
- Expliquer un choix sous contraintes.
- Calculer une utilité marginale.
- Justifier une quantité à partir de coûts et recettes supplémentaires.
Une activité utile mérite-t-elle toujours une heure supplémentaire ?
Le choix porte souvent sur un supplément : une séance, un produit ou une heure. La question est alors de savoir ce que ce supplément apporte et ce qu’il oblige à sacrifier. Les cas et les mesures de satisfaction de cette leçon sont fictifs.
1. Choisir sous contraintes
Un choix économique consiste à affecter des ressources limitées à certains usages et à renoncer à d’autres. La contrainte peut être le budget, mais aussi le temps, l’espace ou l’information. Un élève peut disposer de suffisamment d’argent pour deux activités tout en manquant de temps pour les pratiquer. Avant de comparer les avantages, on doit donc établir les possibilités réellement accessibles.
Dans un modèle de décision rationnelle, l’agent cherche à atteindre au mieux un objectif compte tenu de ses préférences et de ses contraintes. Rationnel ne signifie pas forcément égoïste, ni identique pour tous. Une personne peut accorder beaucoup d’importance à la proximité, à l’environnement ou au temps passé avec ses proches. Deux personnes peuvent alors faire des choix différents à partir du même budget sans qu’une des deux se trompe nécessairement.
Les préférences permettent de classer les options. L’utilité désigne la satisfaction qu’un individu retire de la consommation d’un bien ou d’un service. Elle dépend de la personne et de la situation : une bouteille d’eau n’a pas la même utilité après un effort et lorsque l’on vient de boire. Le prix d’un produit ne mesure donc pas directement la satisfaction personnelle qu’il apporte à tous les acheteurs.
Le coût d’opportunité est la valeur de la meilleure possibilité abandonnée. Il n’est pas nécessairement une dépense monétaire. Si une heure de travail personnel remplace une heure de loisir, le loisir sacrifié représente une possibilité à prendre en compte. On ne doit pas additionner toutes les activités imaginables : c’est la meilleure alternative réalisable qui sert de comparaison.
Exemple résolu
Situation fictive : Léa dispose de deux heures samedi. Elle peut assister à un atelier gratuit de deux heures ou travailler deux heures contre une rémunération totale de 24 €. Elle préfère l’atelier. Explique la contrainte et le coût d’opportunité.
- Étape 1 : Le temps disponible est de deux heures. Les deux activités ne peuvent pas être réalisées ensemble durant ce créneau.
- Étape 2 : L’atelier ne demande pas de paiement, mais occupe le temps qui aurait permis d’accepter le travail.
- Étape 3 : Si le travail est bien la meilleure alternative disponible, la rémunération abandonnée est de 24 €. Léa peut malgré cela préférer la satisfaction apportée par l’atelier.
Résultat : Le coût monétaire payé pour l’atelier est nul ; son coût d’opportunité comprend ici la possibilité de gagner 24 €. La décision peut être cohérente avec les préférences de Léa.
Piège à éviter : Dire qu’une activité gratuite ne coûte rien oublie l’usage alternatif de la ressource temps.
À toi d'essayer
Deux ménages disposent chacun de 200 € pour leurs loisirs. L’un choisit des sorties locales, l’autre économise pour un voyage. Cette différence prouve-t-elle que l’un est irrationnel ?
Voir la réponseMasquer la réponse
Non. Des contraintes budgétaires identiques ne rendent pas les préférences identiques. La comparaison exige de connaître les objectifs, le calendrier et les autres contraintes. Épargner peut permettre une satisfaction future ; consommer immédiatement peut correspondre à une autre priorité.
2. Comparer le total et le supplément
Raisonner à la marge revient à se demander ce que change une unité supplémentaire. L’utilité totale correspond à la satisfaction associée à l’ensemble des unités consommées. L’utilité marginale est le supplément de satisfaction obtenu grâce à la dernière unité. Si le total passe de 18 à 24 unités de satisfaction, le supplément est de 6. On calcule une différence entre deux situations successives, et non une moyenne.
Dans de nombreuses situations, chaque unité supplémentaire procure moins de satisfaction que la précédente : c’est l’hypothèse d’utilité marginale décroissante. Le premier verre d’eau étanche fortement la soif, puis les suivants sont moins utiles. L’utilité totale peut continuer à augmenter pendant que l’utilité marginale baisse. Cette hypothèse est un outil de raisonnement ; elle ne décrit pas automatiquement toutes les préférences, tous les biens ni tous les contextes.
Les unités de satisfaction utilisées dans le graphique sont une convention pour apprendre à raisonner. Elles ne proviennent pas d’une mesure scientifique du bonheur et ne permettent pas de comparer automatiquement deux personnes. Dans la décision réelle, on peut utiliser un classement des préférences ou une disposition maximale à payer, sans prétendre mesurer précisément toutes les émotions.
Exemple résolu
Dans un cas fictif, la satisfaction totale obtenue après zéro, une, deux, trois et quatre séances vaut respectivement 0, 12, 20, 25 et 27. Calcule les utilités marginales et interprète la quatrième séance.
- Étape 1 : Première séance : 12 − 0 = 12. Deuxième séance : 20 − 12 = 8.
- Étape 2 : Troisième séance : 25 − 20 = 5. Quatrième séance : 27 − 25 = 2.
- Étape 3 : La quatrième séance augmente encore la satisfaction totale de 2. Elle apporte moins que la troisième, mais ne réduit pas le total.
Résultat : Les utilités marginales sont 12, 8, 5 et 2. Le total croît de 0 à 27 tandis que les suppléments diminuent.
Piège à éviter : Confondre baisse du supplément et baisse du total conduit à affirmer à tort que la quatrième séance détruit de la satisfaction.
Un consommateur doit aussi considérer ce qu’il sacrifie pour obtenir cette unité supplémentaire. Une séance peut être agréable mais trop coûteuse en temps ou en argent au regard d’une autre utilisation. Le choix tient donc à l’avantage supplémentaire comparé au coût d’opportunité. Pour confronter des montants, il faut utiliser une unité commune : on ne soustrait pas directement cinq euros à huit unités abstraites de satisfaction.
À toi d'essayer
Une activité procure une satisfaction totale de 15 après une séance, de 24 après deux et de 30 après trois. Quel est le supplément lié à la troisième séance ? Le total diminue-t-il ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
3. Décider d’une production supplémentaire
Le producteur peut comparer la recette supplémentaire et le coût supplémentaire d’une unité. La recette marginale est l’augmentation de la recette totale liée à cette unité. Le coût marginal est l’augmentation du coût total correspondante. Si la recette supplémentaire dépasse le coût supplémentaire, produire cette unité accroît le résultat. Si elle est inférieure, cette unité réduit le résultat.
Cette comparaison suppose que l’on dispose des informations utiles sur les quantités vendables et les coûts. Le prix de vente n’est égal à la recette marginale que dans les situations où vendre une unité supplémentaire ne modifie pas les recettes associées aux autres unités. Une baisse de prix appliquée à toutes les unités impose de recalculer la recette totale. On ne doit pas traiter le prix comme une recette marginale universelle.
Exemple résolu
Un atelier fictif peut vendre jusqu’à cinq objets supplémentaires à 10 € chacun, sans modifier les autres ventes. Les coûts supplémentaires successifs sont 4 €, 6 €, 9 €, 13 € et 16 €. Combien d’objets augmentent le résultat ?
- Étape 1 : La recette marginale vaut ici 10 € pour chaque objet supplémentaire, car le prix et les autres ventes restent inchangés.
- Étape 2 : Les variations du résultat sont 10 − 4 = 6, puis 10 − 6 = 4, puis 10 − 9 = 1, puis 10 − 13 = −3 et enfin 10 − 16 = −6 euros.
- Étape 3 : Les gains cumulés sont 6, 10, 11, 8 et 2 euros. Le meilleur gain parmi ces possibilités est atteint après trois objets.
Résultat : Produire trois objets supplémentaires améliore le résultat de 11 €. Le quatrième réduit ce gain : il n’est pas retenu dans ce modèle.
Piège à éviter : Comparer seulement la recette totale de 50 € au coût du dernier objet ignore les coûts des autres unités.
Dans ce tableau de quantités entières, l’optimum ne correspond pas à une égalité exacte entre coût marginal et recette marginale. La décision s’arrête avant la première unité qui réduit le gain cumulé. Dans un modèle continu approprié, une égalité entre ces deux grandeurs peut caractériser un optimum intérieur, mais elle exige les hypothèses du modèle. L’égalité n’est pas une recette magique valable pour n’importe quel tableau.
Les dépenses déjà engagées et irrécupérables ne changent pas lorsqu’on produit l’unité suivante : elles ne constituent pas son coût marginal. Elles restent cependant importantes pour apprécier le résultat total de l’activité. Une production supplémentaire peut ainsi améliorer le résultat sans rendre l’entreprise globalement bénéficiaire. Pour décider de l’ouverture d’un atelier, il faudrait aussi examiner les coûts qui pourraient être évités en renonçant au projet.
4. Argumenter sans transformer le modèle en certitude
La rationalité est une hypothèse explicative, pas une photographie parfaite de chaque décision. Les agents connaissent rarement toutes les options et tous leurs effets. Ils disposent d’un temps limité pour comparer, peuvent utiliser des habitudes, subir une présentation trompeuse des choix ou privilégier une récompense immédiate. Une décision peut être cohérente avec les informations disponibles tout en produisant un résultat décevant ensuite.
L’incertitude impose de distinguer résultat prévu et résultat effectivement obtenu. Une estimation de demande ou de coût peut être erronée. La décision doit également tenir compte de contraintes sociales et environnementales : une option rentable dans un calcul limité peut provoquer des nuisances ou être techniquement irréalisable. Le modèle aide à préciser le raisonnement ; il ne dispense pas d’interroger les hypothèses et les conséquences laissées hors du calcul.
À toi d'essayer
Une imprimerie a déjà payé 100 € de préparation non remboursables. Elle peut accepter une commande supplémentaire rapportant 30 € et nécessitant seulement 18 € de coûts supplémentaires. Un responsable refuse car 30 € est inférieur à 118 €. Son argument est-il correct ?
Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.
Au bac : justifier un choix à la marge
- Définis la décision précise : une unité supplémentaire, une activité entière ou un arbitrage de temps. Les coûts pertinents ne sont pas les mêmes.
- Présente les possibilités et les contraintes données. Sépare ce qui est observé de ce qui est estimé.
- Calcule les différences successives, puis compare des avantages et des coûts exprimés de façon compatible.
- Conclus dans le cadre du dossier, en précisant une limite : information incomplète, indivisibilité, demande incertaine ou effet non pris en compte.
Erreurs fréquentes : confondre coût moyen et coût marginal ; ajouter des euros à une mesure de satisfaction sans conversion ; prendre un gain supplémentaire pour un bénéfice total ; exiger une égalité exacte entre deux nombres quand les quantités sont entières.
5. Fixer les distinctions utiles
Vocabulaire
- Rationalité :
- Recherche d’un choix cohérent avec un objectif, des préférences et des contraintes.
- Utilité totale :
- Satisfaction procurée par l’ensemble de la consommation considérée.
- Utilité marginale :
- Supplément de satisfaction associé à une unité consommée supplémentaire.
- Coût marginal :
- Variation du coût total provoquée par une unité supplémentaire.
- Recette marginale :
- Variation de la recette totale provoquée par une unité vendue supplémentaire.
Bilan
| Repère | Ce qu’il signifie |
|---|---|
| Total | Mesure l’ensemble de la situation. |
| Moyenne | Rapporte le total au nombre d’unités. |
| Marge | Compare deux situations successives. |
| Choix | Dépend d’objectifs, de contraintes et des possibilités abandonnées. |
À retenir
- La rationalité relie une décision à des préférences, à un objectif et à des contraintes.
- L’utilité marginale mesure un supplément de satisfaction, pas la satisfaction totale.
- Une unité dont la recette marginale dépasse le coût marginal augmente le résultat dans le cadre considéré.
- Le coût d’opportunité correspond à la meilleure possibilité abandonnée.
Fiche de révision
Devant une série de totaux, calcule la différence entre deux lignes pour trouver la marge ; diviser par le nombre d’unités donnerait une moyenne.
Un total qui passe de 20 à 25 augmente de 5. Ce supplément peut être inférieur au précédent tout en restant positif.
Pour une commande ajoutée, isole les recettes et les coûts qui changent réellement avec son acceptation.
Une conclusion économique précise son domaine de validité : ventes possibles, ressources disponibles, coûts recensés et incertitudes.
Questions fréquentes
Rationnel signifie-t-il choisir le moins cher ?
Non. Le prix est une contrainte et un critère possible. Le choix dépend aussi de la satisfaction recherchée, des alternatives et des autres ressources limitées.
Une unité qui améliore le résultat garantit-elle un bénéfice ?
Non. Un gain supplémentaire peut seulement réduire une perte déjà existante. Il faut connaître toutes les recettes et charges pertinentes pour établir le résultat total.
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