Modéliser les évolutions par les suites

Comment distinguer une valeur future, un total versé et un taux moyen ?

Environ 35 minutes

  • Modéliser une évolution discrète
  • Calculer une somme de termes
  • Déterminer un taux moyen
  • Interpréter un échéancier
Sommaire
  1. 1. Décrire le mécanisme avant de calculer
  2. 2. Passer d’un montant périodique à un total
  3. 3. Additionner des valeurs placées à la même date
  4. 4. Retrouver un intermédiaire ou une évolution moyenne
  5. 5. Justifier et vérifier une réponse

Comment distinguer une valeur future, un total versé et un taux moyen ?

Les suites permettent de construire ces trois réponses, à condition de choisir le bon modèle et de compter correctement les périodes. Les situations de gestion de cette leçon sont fictives. Tu vas passer d’une règle d’évolution à des calculs de termes, de sommes et de seuils, puis examiner ce que ces calculs permettent réellement de décider.

1. Décrire le mécanisme avant de calculer

Dans une organisation fictive, un budget peut augmenter de 20 euros chaque mois ou de 10 % chaque mois. Les deux phrases ne décrivent pas la même règle. La première ajoute une quantité fixe. La seconde applique un pourcentage à une valeur qui change. Pour modéliser une évolution, on choisit une unité de temps, on précise la grandeur suivie et on définit le rang initial. Une suite associe une valeur à chaque rang entier naturel n. Le terme u₀ est la valeur de départ ; u₁ vient après une évolution, u₂ après deux évolutions.

Une suite arithmétique vérifie uₙ₊₁ = uₙ + r, où r est la raison additive. Son terme général est uₙ = u₀ + nr. Entre les rangs p et n, il y a n − p étapes, donc uₙ = uₚ + (n − p)r. La suite est strictement croissante si r > 0, strictement décroissante si r < 0 et constante si r = 0. Une différence négative est parfaitement possible, mais un modèle de stock doit être limité avant de prédire une quantité négative.

Une suite géométrique à termes strictement positifs vérifie vₙ₊₁ = qvₙ, avec q > 0 et v₀ > 0. On obtient vₙ = v₀qⁿ. Si q > 1, elle est strictement croissante ; si 0 < q < 1, elle est strictement décroissante ; si q = 1, elle est constante. Une hausse de 10 % donne q = 1,10 ; une baisse de 10 % donne q = 0,90. Le cas initial nul donne une suite nulle, dont on ne peut pas calculer la raison en divisant deux termes.

À partir de 100, ajouter 20 et multiplier par 1,1 produisent des suites différentes. Au rang 0, les deux points sont superposés.

Trois valeurs ne prouvent pas une règle pour tous les rangs futurs. Elles permettent seulement de vérifier si ces trois nombres peuvent être consécutifs dans un modèle. Pour 100, 120, 140, les deux différences valent 20 ; les deux quotients ne sont pas égaux. Pour 100, 110, 121, les deux quotients valent 1,1. La justification d’une prévision vient ensuite de l’hypothèse de stabilité du mécanisme, jamais de la seule apparence du graphique.

Vocabulaire

Rang :
Nombre entier qui repère une position dans la suite.
Raison :
Constante ajoutée ou multipliée pour passer au terme suivant.
Terme général :
Expression qui calcule directement la valeur au rang choisi.
Somme cumulée :
Total de plusieurs termes ; ce total est distinct du dernier terme.

2. Passer d’un montant périodique à un total

Pour additionner des termes consécutifs, commence par compter les termes. De u₀ à uₙ inclus, il y en a n + 1 ; de u₁ à uₙ inclus, il y en a n. Plus généralement, de uₚ à uₙ inclus, il y en a n − p + 1. La notation Σ rassemble une addition : Σ de k = 1 à 4 de k² signifie 1² + 2² + 3² + 4² = 30. La lettre k sert de compteur ; ce n’est pas une valeur supplémentaire à additionner.

La somme de N termes consécutifs d’une suite arithmétique vaut N × (premier terme + dernier terme) / 2. Pour comprendre la formule, écris la somme dans les deux sens : chaque paire donne la même somme des extrêmes. Ainsi, 10 + 15 + 20 + 25 et 25 + 20 + 15 + 10 donnent ensemble quatre fois 35. On divise par deux pour retrouver une seule somme. Cette démonstration explique pourquoi le nombre de termes compte autant que leurs valeurs.

Exemple résolu

Une association fictive prévoit des dépenses mensuelles de 200 €, puis 15 € supplémentaires chaque mois pendant six mois. Calculer la sixième dépense et le budget total.

  1. Étape 1 : Le premier mois est au rang 0. La suite est arithmétique de raison 15 ; la sixième dépense a donc le rang 5.
  2. Étape 2 : u₅ = 200 + 5 × 15 = 275. Les six dépenses sont 200, 215, 230, 245, 260 et 275 euros.
  3. Étape 3 : Le total est 6 × (200 + 275) / 2 = 1 425 euros. La somme directe des six montants confirme le résultat.

Résultat : La sixième dépense vaut 275 € et le budget des six mois vaut 1 425 €.

Piège à éviter : Calculer u₆ donnerait la septième dépense, car le premier mois est au rang 0.

Pour N termes géométriques de premier terme A et de raison q différente de 1, la somme vaut A × (1 − qᴺ) / (1 − q). La forme A × (qᴺ − 1) / (q − 1) est équivalente. En effet, si S = A + Aq + … + Aqᴺ⁻¹, soustraire qS à S élimine les termes intermédiaires : (1 − q)S = A − Aqᴺ. Si q = 1, on ne divise pas par zéro : les N termes sont tous égaux à A, donc S = NA.

À toi d'essayer

Une entreprise fictive rembourse un prêt sans intérêts par quatre versements trimestriels qui augmentent de 50 €. Le premier vaut 250 €. Quel montant total rembourse-t-elle ?

Voir la réponse

Les versements sont 250, 300, 350 et 400 €. Leur somme vaut 4 × (250 + 400) / 2 = 1 300 €. Sans intérêts ni frais, ce total correspond ici au capital remboursé.

3. Additionner des valeurs placées à la même date

Deux sommes d’argent versées à des dates différentes n’ont pas nécessairement produit les mêmes intérêts. Avant d’additionner leurs valeurs acquises, choisis une date commune. Dans les situations suivantes, les taux sont des hypothèses fictives de calcul, sans frais ni fiscalité. Ils ne décrivent pas un produit financier réel. Un versement effectué en fin d’année ne reçoit pas les intérêts de l’année qui vient de s’écouler.

À la fin de l’année 3, le premier versement vaut 110,25 €, le deuxième 105 € et le dernier 100 €.

Exemple résolu

On verse 100 € en fin de chacune des trois années sur un compte fictif rémunéré à 5 % par an. Quel capital est présent juste après le troisième versement ?

  1. Étape 1 : Le versement de fin d’année 1 porte des intérêts pendant deux ans : sa valeur finale est 100 × 1,05² = 110,25 euros.
  2. Étape 2 : Celui de fin d’année 2 porte des intérêts pendant un an : 100 × 1,05 = 105 euros. Le troisième vaut encore 100 euros.
  3. Étape 3 : Le total vaut 100 × (1 + 1,05 + 1,05²) = 100 × (1,05³ − 1) / 0,05 = 315,25 euros.

Résultat : Le capital final est 315,25 €, dont 300 € versés et 15,25 € d’intérêts dans ce modèle.

Piège à éviter : Multiplier tous les versements par 1,05³ leur attribuerait à tort trois années d’intérêts chacun.

Pour un remboursement avec intérêts, distingue capital restant dû, intérêts et échéance. Si Dₙ est la dette juste après la n-ième échéance, un modèle à taux périodique i et échéance constante R donne Dₙ₊₁ = (1 + i)Dₙ − R, tant que l’échéance prévue reste pertinente. Cette suite n’est généralement ni arithmétique ni géométrique. On peut la calculer ligne par ligne dans un tableur. Avec D₀ = 1 000, i = 0,01 et R = 300, on trouve 710 après la première échéance, puis 417,10 après la deuxième. La dernière échéance doit être adaptée si elle dépasse ce qui reste dû.

À toi d'essayer

Dans ce modèle de dette, calcule la troisième dette puis le montant exact de la quatrième et dernière échéance. Explique pourquoi quatre échéances de 300 € ne conviennent pas.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

4. Retrouver un intermédiaire ou une évolution moyenne

Entre deux nombres a et b, la moyenne arithmétique est (a + b) / 2. Elle est le terme central d’une suite arithmétique de trois termes a, m, b. Pour deux nombres strictement positifs, la moyenne géométrique est √(ab). Elle est le terme central positif d’une suite géométrique a, g, b : l’égalité g/a = b/g conduit à g² = ab. Ces moyennes répondent à deux questions différentes, additive et multiplicative.

Exemple résolu

Une activité fictive passe de 400 unités à 484 unités en deux ans. Quel taux annuel constant aurait produit la même évolution ?

  1. Étape 1 : Le coefficient global est 484 / 400 = 1,21. Le coefficient annuel q doit vérifier q² = 1,21 et q > 0.
  2. Étape 2 : On obtient q = √1,21 = 1,10. Le taux moyen est donc q − 1 = 0,10, soit 10 % par an.
  3. Étape 3 : La valeur intermédiaire serait 400 × 1,10 = 440. On vérifie aussi √(400 × 484) = 440, puis 440 × 1,10 = 484.

Résultat : Le taux annuel moyen équivalent est 10 % ; il ne prouve pas que chaque année réelle a augmenté de 10 %.

Piège à éviter : Diviser la hausse totale de 21 % par deux donnerait 10,5 %, sans tenir compte de la composition des taux.

Sur N périodes de même durée, si la valeur initiale V est strictement positive et la valeur finale W strictement positive, le coefficient moyen est (W/V)^(1/N). Le taux moyen est ce coefficient moins 1. Pour trouver le premier rang où une suite croissante dépasse un seuil, on peut dresser une table et contrôler les deux rangs voisins. Pour uₙ = 100 + 20n, atteindre au moins 190 demande n ≥ 4,5 ; le premier rang entier est 5. Le logarithme permettra ensuite de résoudre certains seuils géométriques sans une longue table.

À toi d'essayer

On te transmet trois montants consécutifs 100, x, 144, avec x positif. Trouve x pour un modèle arithmétique puis pour un modèle géométrique. Une seule valeur de x pourrait-elle convenir aux deux modèles ?

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

5. Justifier et vérifier une réponse

Au bac : relier le calcul à la situation

  1. Définis la grandeur, l’unité et le rang de départ. Traduis une évolution en valeur par une addition et un taux constant par une multiplication.
  2. Écris la formule avec ses conditions. Pour un total, compte les termes et vérifie les dates ; pour un seuil, conserve le caractère strict ou large de l’inégalité.
  3. Garde la précision jusqu’au résultat final. Contrôle un petit rang par récurrence et, pour un seuil entier, compare le rang retenu avec le précédent.
  4. Conclus dans le contexte en rappelant l’hypothèse de stabilité. Un modèle ne garantit pas l’évolution réelle d’une organisation.

Un tableur rend le raisonnement visible. Place les rangs 0, 1, 2 dans la première colonne ; mets le terme initial en B2, puis =B2+15 en B3 pour ajouter 15 à chaque étape. Pour une suite géométrique de raison 1,05, utilise =B2*1,05. Recopie vers le bas puis compare avec la formule explicite. Un accumulateur peut additionner les valeurs successives : on part de zéro, on ajoute chaque terme une fois et on arrête après le nombre prévu. La même méthode calcule une somme de carrés, même si la suite des carrés n’est ni arithmétique ni géométrique.

Attention :

Un quotient entre deux termes consécutifs n’est calculable que si le dénominateur est non nul. Un taux moyen suppose des périodes comparables. Enfin, une somme de chiffres d’affaires est un flux cumulé ; additionner les soldes successifs d’un compte ne donne pas automatiquement une richesse disponible.

Repères essentiels

QuestionOutil
Valeur à une dateTerme général ou récurrence
Total de flux périodiquesSomme de termes avec indices explicites
Évolution moyenneRacine du coefficient global
Dette avec échéancesRécurrence avec intérêts puis remboursement

À retenir

  • Une suite arithmétique de raison r vérifie uₙ = u₀ + nr.
  • Une suite géométrique vérifie vₙ = v₀qⁿ.
  • La somme arithmétique vaut le nombre de termes multiplié par la moyenne des extrêmes.
  • Pour q ≠ 1, A + Aq + … + Aqᴺ⁻¹ = A(1 − qᴺ)/(1 − q).
  • Le taux moyen équivalent sur N périodes est (W/V)^(1/N) − 1 pour V et W strictement positifs.

Fiche de révision

Repère de départ

le sixième terme à partir du rang 0 est celui de rang 5.

Budget progressif

six dépenses de 200 à 275, espacées de 15, totalisent 1 425.

Capitalisation

place chaque versement à la date finale avant de sommer ses intérêts.

Deux ans de 400 à 484 correspondent à deux multiplications par 1,1.

Seuil

vérifie toujours la valeur obtenue et celle du rang précédent.

Questions fréquentes

Une croissance régulière est-elle toujours arithmétique ?

Non. Le mot régulière doit être précisé : écart constant ou coefficient constant. Il peut aussi masquer une simple tendance sans règle exacte.

Pourquoi distinguer terme et somme ?

Un terme décrit une période ou une date. Une somme additionne plusieurs valeurs : elle répond à une question de total et nécessite des unités et des périodes compatibles.

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