Reconnaître l’indépendance

Savoir qu’un événement est réalisé change-t-il la probabilité d’un autre ?

Environ 35 minutes

  • Vérifier le critère d’indépendance
  • Distinguer indépendance et incompatibilité
  • Discuter une hypothèse sur des tirages répétés
Sommaire
  1. Une information qui ne change pas la probabilité
  2. Vérifier à partir d’effectifs
  3. Distinguer indépendance et incompatibilité
  4. Comprendre le rôle du protocole
  5. Au bac : annoncer ce qui est prouvé

Savoir qu’un événement est réalisé change-t-il la probabilité d’un autre ?

L’indépendance donne une réponse précise à cette question dans un modèle donné. Tu vas la vérifier à partir d’effectifs, la distinguer de l’incompatibilité et comprendre pourquoi le protocole d’un tirage est déterminant.

Une information qui ne change pas la probabilité

Dans une population ou un modèle donné, deux événements A et B sont indépendants lorsque connaître la réalisation de l’un ne modifie pas la probabilité de l’autre. Pour P(A) > 0, on peut écrire P(B | A) = P(B). Si P(B) > 0, on a aussi P(A | B) = P(A). Ces égalités comparent une probabilité conditionnelle à la probabilité du même événement dans tout l’univers.

Le critère de calcul est P(A ∩ B) = P(A) × P(B). Il se déduit de la formule P(A ∩ B) = P(A)P(B | A). Lorsque A et B sont indépendants, la probabilité conditionnelle peut être remplacée par P(B). Sans indépendance, ce remplacement n’est pas autorisé. Le produit de deux probabilités simples n’est donc pas une formule générale pour toutes les intersections.

Le critère par produit reste utilisable si un événement a une probabilité nulle : son intersection avec l’autre a aussi une probabilité nulle. En revanche, la conditionnelle sachant un événement de probabilité nulle n’est pas définie par un quotient. Dans les situations usuelles de cette leçon, les événements conditionnants ont une probabilité strictement positive.

Vocabulaire

Indépendance :
Propriété d’un modèle probabiliste dans lequel la connaissance d’un événement ne change pas la probabilité de l’autre.
Incompatibilité :
Impossibilité de réaliser simultanément deux événements : leur intersection est vide.
Épreuves indépendantes :
Épreuves dont les résultats ne modifient pas les probabilités des résultats des autres épreuves.
Attention :

L’indépendance est toujours relative à un univers et à un modèle précisés. Une égalité observée dans une liste de clients ne prouve pas une absence universelle de lien causal entre leurs comportements.

Vérifier à partir d’effectifs

Une enquête fictive porte sur 200 clients. Parmi eux, 120 utilisent le retrait en magasin, 80 reçoivent une lettre d’information et 48 cumulent les deux caractéristiques. On choisit uniformément un client de cette liste. A désigne le retrait et B la réception de la lettre. Les effectifs permettent ici de définir exactement les probabilités sur cette population finie.

Exemple résolu

Les événements A et B de cette enquête sont-ils indépendants ?

  1. Étape 1 : Calcule les probabilités simples : P(A) = 120/200 = 0,6 et P(B) = 80/200 = 0,4.
  2. Étape 2 : L’intersection vaut P(A ∩ B) = 48/200 = 0,24.
  3. Étape 3 : Le produit P(A)P(B) vaut 0,6 × 0,4 = 0,24. Il est égal à la probabilité de l’intersection.
  4. Étape 4 : Vérifie par conditionnement : P(B | A) = 48/120 = 0,4 = P(B).

Résultat : A et B sont indépendants pour le choix uniforme dans cette liste de 200 clients.

Piège à éviter : La conclusion concerne cette liste et ce mode de tirage ; elle ne prouve pas que recevoir une lettre n’a jamais d’effet sur un comportement futur.

Les deux branches vers B portent 0,4 : la connaissance de A ou de son contraire ne change pas la probabilité de B.

Les autres effectifs se retrouvent sans inventer de données : 120 − 48 = 72 clients utilisent le retrait sans recevoir la lettre ; 80 − 48 = 32 reçoivent la lettre sans utiliser le retrait ; les 48 derniers ne font ni l’un ni l’autre. Parmi les 80 clients qui n’utilisent pas le retrait, 32 reçoivent la lettre, soit encore 0,4. L’arbre représente bien toutes les catégories.

Pour démontrer l’indépendance, il suffit d’une égalité exacte correctement justifiée, pas de vérifier tous les critères possibles. Pour montrer qu’elle est absente, une inégalité suffit. Les arrondis peuvent cependant créer une fausse égalité. Si deux probabilités deviennent toutes deux 0,2 après arrondi alors que leurs valeurs exactes diffèrent, cela ne démontre rien. Garde les fractions ou la précision nécessaire jusqu’à la comparaison finale.

À toi d'essayer

Dans une liste fictive de 100 commandes, 40 sont express, 30 contiennent un accessoire et 15 réunissent les deux caractéristiques. Les deux événements sont-ils indépendants ?

Voir la réponse

L’intersection vaut 15/100 = 0,15. Le produit des probabilités simples vaut 0,4 × 0,3 = 0,12. Comme 0,15 ≠ 0,12, les événements ne sont pas indépendants dans cette liste.

Distinguer indépendance et incompatibilité

Deux événements incompatibles ne se produisent jamais ensemble. Si leurs probabilités sont toutes deux strictement positives, leur intersection a une probabilité nulle alors que le produit de leurs probabilités est positif. Ils ne sont donc pas indépendants. Connaître l’un apporte au contraire une information décisive : l’autre est impossible.

Exemple résolu

On lance un dé équilibré à six faces. Comparer les événements E : « obtenir 1 » et F : « obtenir 6 ». Sont-ils incompatibles et indépendants ?

  1. Étape 1 : Un seul lancer ne peut pas donner simultanément 1 et 6 : E ∩ F est vide. Les événements sont incompatibles.
  2. Étape 2 : P(E) = P(F) = 1/6 ; leur produit vaut 1/36.
  3. Étape 3 : La probabilité de l’intersection vaut 0, différente de 1/36.

Résultat : E et F sont incompatibles et non indépendants.

Piège à éviter : Le fait que les événements portent sur deux nombres différents ne les rend pas indépendants : ils concernent ici le même résultat de dé.

Sur ce même dé, des événements peuvent au contraire être indépendants sans porter sur deux lancers différents. L’événement « nombre pair » a une probabilité 1/2 ; l’événement « multiple de 3 » a une probabilité 1/3. Leur intersection est le seul résultat 6, de probabilité 1/6, égale à (1/2) × (1/3). L’indépendance se vérifie par les probabilités, pas en comptant le nombre d’objets physiques utilisés.

Un événement et son contraire sont incompatibles. Si sa probabilité est strictement comprise entre 0 et 1, ils ne sont pas indépendants. De même, un événement A ne peut être indépendant de lui-même que si P(A) vaut 0 ou 1 : le critère demande P(A) = P(A)². Ces cas limites éclairent la définition, mais ne doivent pas faire oublier de vérifier les conditions des probabilités conditionnelles.

À toi d'essayer

Un élève affirme que P(A | B) = P(B | A) suffit pour prouver l’indépendance. Prends A = B = « obtenir un nombre pair » sur un dé équilibré et réfute son affirmation.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Comprendre le rôle du protocole

Une boîte contient trois jetons rouges et deux bleus. On effectue deux tirages au hasard. La phrase « au hasard » ne suffit pas à rendre les tirages indépendants : il faut connaître le protocole. Avec remise, puis mélange dans les mêmes conditions, la composition initiale est rétablie avant le deuxième tirage. Sans remise, elle dépend de la couleur déjà obtenue.

Après un rouge, il reste deux rouges sur quatre jetons ; après un bleu, il reste trois rouges sur quatre. Les probabilités diffèrent.

Exemple résolu

Comparer la probabilité d’obtenir deux rouges avec remise et sans remise dans la boîte de trois rouges et deux bleus.

  1. Étape 1 : Avec remise et mélange, chaque tirage a une probabilité 3/5 de donner rouge, et les tirages sont modélisés indépendants. Le produit vaut (3/5) × (3/5) = 9/25 = 0,36.
  2. Étape 2 : Sans remise, après un premier rouge, il reste deux rouges parmi quatre jetons. La probabilité du second rouge sachant le premier vaut 2/4.
  3. Étape 3 : La probabilité de deux rouges sans remise vaut (3/5) × (2/4) = 3/10 = 0,30.
  4. Étape 4 : Dans le cas sans remise, la probabilité totale du second rouge reste (3/5)(1/2) + (2/5)(3/4) = 3/5, mais sa probabilité conditionnelle change.

Résultat : La probabilité vaut 0,36 avec remise et 0,30 sans remise. Des probabilités simples identiques aux deux rangs ne suffisent pas à établir l’indépendance.

Piège à éviter : Sans remise, le dénominateur du deuxième tirage est 4 et le nombre de rouges dépend du premier résultat.

Dans une très grande population, un prélèvement de faible taille sans remise peut parfois être approché par un modèle indépendant. Il s’agit d’une approximation à annoncer, pas d’une identité mathématique. Aucune taille universelle ne suffit à elle seule : le rapport entre échantillon et population, ainsi que la précision attendue, comptent. Dans un exercice, applique l’hypothèse donnée et précise ce qu’elle simplifie.

À toi d'essayer

Une population fictive de 300 dossiers contient 120 dossiers de catégorie A et 90 de catégorie B. Quel effectif de dossiers appartenant aux deux catégories rendrait les événements indépendants lors d’un choix uniforme ? Vérifie que les autres effectifs restent possibles.

Correction détaillée pas à pasDans ce chapitre : 2 corrections détaillées.

Au bac : annoncer ce qui est prouvé

Au bac : démontrer ou réfuter une indépendance

  1. Définis l’univers et le choix aléatoire : population finie, lancer ou succession de tirages.
  2. Calcule séparément l’intersection et les probabilités simples, sans supposer la conclusion.
  3. Compare des valeurs exactes dans P(A ∩ B) = P(A)P(B), ou une conditionnelle à la probabilité simple correspondante.
  4. Conclus sur les événements du modèle. Si tu généralises à une population réelle, distingue hypothèse de modélisation et résultat observé.

Faire le point

SituationConclusion
Intersection nulle et probabilités positivesIncompatibilité, donc absence d’indépendance.
Intersection égale au produitIndépendance dans le modèle étudié.
Tirages sans remiseComposition modifiée : vérifier les conditionnelles.

Erreurs fréquentes : supposer l’indépendance pour la démontrer ; oublier la remise ; utiliser des probabilités arrondies ; confondre absence d’information probabiliste et absence de cause. S’entraîner : ouvre le hub /exercices.

À retenir

  • L’indépendance équivaut à P(A ∩ B) = P(A)P(B).
  • Pour P(A) > 0, elle équivaut à P(B | A) = P(B).
  • Deux événements incompatibles de probabilités positives ne sont pas indépendants.
  • Des probabilités simples identiques d’un tirage à l’autre ne prouvent pas l’indépendance.

Fiche de révision

Choisis un critère

produit ou conditionnelle, puis calcule sans présumer la réponse.

Sur une liste uniforme, une probabilité se calcule par effectif favorable / effectif total.

La remise rétablit la composition ; sans remise, le second choix dépend souvent du premier.

Une égalité dans un échantillon ne démontre pas une loi universelle des comportements.

Si P(A) = 0, n’écris pas de quotient conditionné par A.

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